Si pour certains commentateurs, l’année 2010 est une « année de transition », tant sur le plan économique (nous ne serions plus dans la crise et pas encore dans la sortie de crise) que sur le plan politique (une année charnière avant la préparation de 2012), nous pensons, quant à nous, que cette année nouvelle sera décisive.
Nous le savons, mais nous ne pouvons le dire ici qu’en termes très généraux, législation oblige.
Tout en respectant scrupuleusement la loi républicaine, notre réunion de début d’année m’offre l’occasion de faire :
- un rapide bilan de l’action des élus MRC au Conseil régional d’Ile de France
- et d’affirmer les convictions qui nous animent pour l’avenir.
***
I- Bilan de l’action du groupe
Les élus MRC ont joué un rôle déterminant, au cours de la mandature 2004-2010, dans plusieurs décisions importantes du Conseil régional, qui visent toutes à améliorer la vie quotidienne de nos concitoyens.
• La création de l’Établissement public foncier d’Ile de France, présidé par Jean-Luc Laurent, pour rendre disponibles à un prix accessible des espaces fonciers pour la construction de logements sociaux et d’activités économiques,
• La création d’une politique régionale du logement novatrice, articulée sur la construction et la réhabilitation de 240 000 logements respectueux de la qualité urbaine et environnementale.
• La promotion des valeurs républicaines et de la laïcité, avec l’inscription sur les frontons des lycées franciliens de la devise "Liberté, Égalité, Fraternité" et l’adoption par le Conseil régional d’un vœu rappelant la nécessité du respect du principe de laïcité s’agissant de l’accès aux équipements publics,
• La mise en place progressive d’une tarification plus juste de la cantine des lycées,
• La fusion des zones 6 à 8 du Pass Navigo, qui se traduit pour les usagers concernés par une économie de plusieurs centaines d’euros par an,
• L’aide à l’insonorisation des logements des riverains des aéroports et le financement d’une étude épidémiologique sur l’impact sanitaire du trafic aérien,
• La gratuité des livrets d’enseignement pour approfondir la gratuité de l’enseignement et favoriser l’accès aux librairies,
• L’émergence d’une véritable politique du livre en Ile de France,
• L’élaboration du Schéma directeur de la région Île-de-France,
• La création d’un fonds de soutien aux élèves infirmières sans ressources,
De façon continue, le groupe 2RC s’est voulu un gardien sourcilleux de l’intérêt général au sein de l’institution régionale.
Nous pensons nous être acquittés cette tâche de façon plus qu’honorable et les actions menées nous permettent de revendiquer la qualité de « Jacobins décentralisateurs » : en cohérence avec la vision de Jean-Pierre Chevènement, nous pensons que la décentralisation ne s’oppose pas à l’Etat. Mais elle doit encore moins être l’alibi ou l’échappatoire d’un Etat qui se défausse sur les collectivités locales, se désengage et renie ses responsabilités.
La décentralisation, à travers une articulation bien pensée entre les différents niveaux d’action publique, doit être un gage d’efficacité.
Les élus MRC ont tout fait pour que l’action régionale soit efficace.
Ils ont été écoutés et leur action est reconnue.
Ce bilan étant fait, quelques mots sur la manière dont nous abordons l’année nouvelle.
II- Les convictions qui nous animent en 2010
Le groupe n’a pas attendu le début de l’année 2010 pour mener une réflexion de fond sur l’avenir. Vous avez été nombreux à participer à la journée de réflexion du 26 septembre dernier sur l’avenir de l’Ile-de-France et je vous en remercie. Cette journée a été un succès, tant par l’affluence que par la qualité des débats.
Ces réflexions ont nourri nos convictions pour les combats qui s’annoncent.
1) l’action publique
Les élus MRC auront à cœur de défendre une action publique durable, comme ils l’ont toujours fait, action publique rendue encore plus urgente face à la crise. Une action publique de la part de l’Etat, bien sûr, mais aussi de la part des collectivités locales, qui réalisent 70% de l’investissement public.
Nous sommes, en bons Jacobins, exigeants vis-à-vis de l’Etat. Et nos exigences sont déçues.
Le fameux grand emprunt est un premier motif de déception. On pourrait être tenté de saluer le retour d’une politique active de l’investissement public. En fait, La réalité de l’investissement public ne sera, au plus, que de 4 milliards par an sur 10 ans.
En outre, il faudra 3 années de « grand emprunt » pour compenser une année de ristourne aux plus nantis.
Autre illustration, la menace qui pèse sur les services publics.
La transformation de La Poste en société anonyme (donc de droit privé) à capitaux publics dès le 1er mars 2010 est loin d’être seulement « technique » ou symbolique : il permettra d’ouvrir le capital de La Poste à l’actionnariat privé et la participation de l’Etat au sein de cette société anonyme pourra par la suite devenir minoritaire, comme cela a été le cas pour France Telecom et Gaz de France.
La Poste n’est pas « imprivatisable », puisque le texte voté par le parlement le 12 janvier dernier ne garantit pas que La Poste restera à 100% publique.
L’intérêt général et la qualité du service public postal ne sont pas davantage assurés.
Le service public de La Poste est donc remis en cause par une volonté politique claire, sans consultation de la population par référendum, sans tenir compte de la votation citoyenne du 3 octobre 2009 organisée par le Comité national contre la privatisation de la Poste, qui a recueilli plus de 2 millions de voix contre la privatisation.
2) La décentralisation utile
Outre le retour réel de l’Etat, qui fait défaut, il faut aussi défendre une articulation efficace entre institutions locales et nationales.
Dans cette définition d’une décentralisation utile, les collectivités locales, les régions et cette région (l’Ile-de-France) vont avoir un rôle majeur dans la sauvegarde de l’équilibre et de la cohérence de notre société.
Les réformes fiscales annoncées menacent les ressources et l’autonomie financières de ces collectivités, qui jouent souvent un rôle stratégique. Certes, l’architecture résultant de la décentralisation à la française n’est pas parfaite. Mais, sous couvert de rationalisation institutionnelle, on tente de réduire encore le poids des politiques publiques et d’en finir avec l’action publique à la française.
Les régions
Pour les élus MRC du Conseil régional, les régions, en particulier, jouent un rôle important dans la République. Elles permettent de dépasser les considérations strictement locales, tout en restant proches des réalités et sont un niveau d’intervention pertinent. Les compétences stratégiques des régions (développement économique et emploi, transports, logement, éducation, formation et recherche, sécurité) sont donc précieuses pour concilier croissance, solidarité et respect de l’environnement.
La réforme des collectivités locales et le Grand paris
Sur les questions liées à la réforme des collectivités locales et au « Grand Paris », nos attentes vis-à-vis de l’Etat sont également déçues.
De nombreuses questions liées à l’organisation décentralisée de la République méritent un débat serein. Mais il s’agit avant tout, de toute évidence avant tout de réduire les dépenses des collectivités locales, qui jouent pourtant un rôle majeur d’amortisseur social et de soutien à la croissance.
Sur le Grand Paris, MRC croit en un principe simple : le « Grand Paris », c’est la Région Ile de France. C’est à cette échelle que nous pouvons mener de concert le développement des territoires, la solidarité et le rayonnement de l’Ile de France.
3) Les valeurs républicaines
Nous refusons l’instrumentalisation, voire le détournement, en période électorale, de thèmes qui nous sont chers comme l’héritage républicain de la France ou la laïcité
L’ « identité nationale »
Si ce « débat » a une vertu, c’est de rappeler qu’en laissant l’extrême droite s’approprier le thème de la nation, et en laissant la droite courir derrière elle, la gauche contribue à disqualifier la notion elle-même. Le silence auquel elle se condamne face au hold-up du Front National est un silence coupable.
Comme l’a rappelé JPC avec fermeté, nous refusons toute conception « ethnique » de la nation.
Comme l’écrit Renan, la nation a deux composantes: « L’une est la possession en commun d’un riche legs de souvenirs, l’autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble... Avoir fait de grandes choses ensemble, vouloir en faire encore, voilà les conditions essentielles pour faire un peuple. »
Dans cette perspective, s’il faut parler d’identité, nous préférons pour notre part parler de l’identité républicaine de la France.
Enfin, l’instrumentalisation des thèmes républicains ne saurait masquer que la véritable question, c’est l’avenir qui est réservé, à travers les différentes politiques menées, à l’héritage républicain de la France, au pacte républicain, à l’égalité et la justice sociale, la laïcité, à la souveraineté du peuple, à la solidarité, à la protection sociale, aux services publics.
Autre exemple, le thème de la laïcité, aujourd’hui réduit à la question de la burqa qui a été imposée dans l’agenda médiatique.
Le port de la burqa dans l’espace public (rappelons que la loi du 9 décembre 1905 opère une distinction particulièrement claire entre ce qui relève du comportement privé, qui est libre, et ce qui relève de la sphère publique qui est soumis au respect de l’ordre public) est contraire aux valeurs de la démocratie (celle d’égalité et de dignité) et aux valeurs républicaines (puisqu’il nie un espace public régi par le civisme et le refus d’exalter les différences). Le MRC l’a rappelé.
Toutefois, nous rappelons aussi que nous disposons aujourd’hui de l’arsenal législatif et réglementaire qui, s’il est appliqué, est suffisant pour prohiber les atteintes à l’ordre public qui pourraient être engendrées par le port de la burqa en public.
Comme l’a rappelé Jean-Pierre Chevènement, le port de la burqa dans la rue est minoritaire. Il faut éviter la provocation et la tentation électoraliste.
4) L’écologie
Le fiasco de la « taxe carbone » et la déception de Copenhague démontrent qu’un sujet aussi grave que la protection de l’environnement ne saurait se satisfaire de visions anecdotiques, punitives ou culpabilisantes. Nous avons défendu et nous continuerons à défendre une conception républicaine de l’écologie, fondée certes sur la sanction (à condition qu’elle soit accompagnée des clauses d’importation adéquates) mais surtout sur l’incitation par des politiques publiques durables. L’écologie ne doit pas être dissociée des questions sociales et économiques. Il faut, en même temps, préserver la planète et protéger ceux qui vivent sur cette planète.
***
Nous nous proposons donc, en 2010, de défendre une action publique durable et de porter haut les valeurs républicaines, au besoin en dénonçant leur instrumentalisation et en les rétablissant dans leur vérité.
Comme l’a dit Robespierre au nom du Comité de Salut Public : « la République française est invincible comme la raison; elle est immortelle comme la vérité. »
Merci de votre présence et très bonne année 2010 à toutes et à tous.