Discours de Jean-Luc Laurent en ouverture de l'Université d'été du MRC à ToulouseUniversité d'été du MRC à Toulouse, le 5 septembre 2009
Citoyennes, Citoyens,
L’organisation d’une Université d’Eté est devenue, à bien des égards, une figure imposée pour un parti politique. Fin août, début septembre, c’est l’occasion pour chaque formation de prendre publiquement quelques bonnes résolutions pour démarrer la rentrée sous les meilleurs auspices. Je veux attirer cependant votre attention sur notre singularité : l’appellation « Université d’Eté » s’avère, pour ce qui nous concerne, bien trop restrictive. L’engouement et la constance avec lesquels nous avons toujours affirmé la primauté de la pensée dans notre engagement politique constitue une véritable marque de fabrique. Qu’on se le dise : au MRC, c’est l’université toute l’année. Grâce au travail toujours rigoureux de Patrick Quinqueton pour préparer ce week-end de réflexion, nous avons tous les ingrédients d’une édition prometteuse. Patrick, au nom du MRC, je veux te remercier. Chacun d’entre nous sait ce que représente l’organisation matérielle et logistique pour accueillir 250 personnes pendant 2 jours. A ce titre, je veux là aussi adresser mes remerciements appuyés à Thierry Cotelle, Maire-adjoint MRC de Toulouse, à Jean-François Flecher et à la petite équipe du MRC du Tarn et Garonne qui ont donné le meilleur d’eux-mêmes pour nous recevoir dans de si belles conditions.
Enfin, je souhaite naturellement me tourner vers Pierre Cohen, Député-maire de Toulouse, ville conquise de haute lutte en mars 2008. Lorsque nous l’avons sollicité pour organiser l’Université d’Eté dans la ville rose – et qui l’est désormais à plus d’un titre, il a aussitôt répondu favorablement à notre demande. Le temps d’un week-end, vous aurez une université de plus à Toulouse, ville étudiante s’il en est. Je veux vous dire, cher Pierre, notre plaisir de nous retrouver ici. Je n’oublie pas que jeudi dernier était célébré le 150ème anniversaire de la naissance de Jean Jaurès. Que le MRC se réunisse ce week-end à quelques encablures de Carmaux, j’en suis nécessairement comblé. Au-delà de la proximité géographique, je n’ai pas oublié que Jean Jaurès fut d’abord un philosophe talentueux et exigeant.
A cet égard, notre Université d’Eté est l’occasion de se tourner vers les citoyens et de rouvrir l’horizon pour notre peuple. Regardons devant nous : il est temps de déposer le bilan de ce que Margaret Tatcher prétendait être « la seule politique possible ». En vérité, il ne s’agissait précisément plus de politique puisque le contrat social et la puissance publique avaient été mis en congés. Chers camarades, je vous invite à conjuguer le libéralisme au passé. Cette doctrine est une antiquité héritée du XXème siècle. Le monde a changé et nous commande de dépasser les illusions libérales. Si Nicolas Sarkozy goûte peu à la Princesse de Clèves, il devra composer avec ses illusions perdues. La crise qu’endurent la France et le monde n’est pas un accident de parcours. Elle doit être comprise comme l’aboutissement logique d’un système – le capitalisme financier mondialisé – qui s’est déployé jusqu’à son terme. Les solutions imaginées par le gouvernement pour sortir de la crise étaient nécessaires mais s’avèreront largement insuffisantes à long terme. Oui, il fallait apporter les garanties nécessaires au système bancaire pour endiguer la contagion. Au plan moral, j’en conviens, la pilule est difficile à avaler. Mais qui aurait supporté en bout de chaîne le coût d’un effondrement systémique ? Comme toujours, la collectivité. Par ailleurs, il y a un réel danger à se contenter de restaurer les capacités de crédits des banques lorsque le surendettement des ménages est le talon d’Achille du système. S’il s’agit de remettre une pièce dans la machine et reprendre le cours des choses comme avant, et même si je répugne à jouer les Cassandre, nous devons nous attendre à d’autres épisodes funestes. Il fallait que l’Etat ait des contreparties et qu’il renoue avec le contrôle public de la finance. En cette rentrée, la France va mal. Elle va mal parce que la droite détricote notre pacte républicain. Et les mots hardis d’Henri Guaino n’y changent rien. Deux épisodes révélateurs illustrent magistralement l’abîme qui sépare les intentions affichées et les choix opérés au sommet de l’Etat. Il y a quelques jours, fidèle à lui-même, Nicolas Sarkozy a organisé en grande pompe une rencontre avec les banques à l’Elysée. Notons que depuis le début de cette crise, le réprimande des traders est une valeur refuge : une sorte de refrain commode pour faire diversion. Comme le dit l’économiste Frédéric Lordon, « montrer du doigt, c’est encore le meilleur moyen pour s’assurer d’être du bon côté du doigt ! ». Pendant qu’on se concentre à identifier les coupables, on s’exonère de sonder trop profondément sur les manquements du système. Je confesse bien volontiers ne pas avoir d’affinité particulière pour les traders. Mais ces derniers ne faisaient que remplir la mission qui leur était confiée. Ils jouaient leur rôle. Faute d’avoir répondu aux questions fondamentales soulevées par la crise – le libre échange, l’absence de droits de douanes, la dictature de l’actionnariat, les délocalisations d’entreprises, la politique monétaire – les petites réprimandes du Président de la République sont dérisoires si elles ne sont pas accompagnées de contraintes et d’obligations. Mais nous le savons d’expérience, le pompier-pyromane est un professionnel du rideau de fumée ! En revanche, l’Elysée s’est montré plus avare en déclarations lorsque le Conseil des ministres avait choisi courageusement la date du 29 juillet pour présenter le projet de changement de statut de La Poste. Cette façon de préparer ou de faire adopter des décisions significatives en plein cœur de l’été devient une fâcheuse manie. Nous autres républicains, nous savons mieux que quiconque que le passage de La Poste au statut de société anonyme est le premier acte de la chronique d’une privatisation annoncée. Cette mesure n’est que la docile transcription de la directive européenne qui organise l’ouverture totale de la concurrence du courrier début 2011. Depuis plus de 15 ans, nous n’avons eu de cesse de prendre la Nation à témoin devant le démantèlement de services publics sacrifiés sur l’autel de la concurrence libre et non faussée. La perspective de privatisation de La Poste est une inconséquence de plus dans le contexte actuel. Face à cette débandade, le MRC s’est engagé aux côtés du collectif de « l’appel pour La Poste » afin d’obtenir un référendum pour la sauvegarde du service public postal. Une votation citoyenne sera organisée le 3 octobre prochain dans de nombreuses villes en France, et notamment au Kremlin-Bicêtre, afin d’imposer le référendum au chef de l’Etat, ainsi que la Constitution nous l’autorise si nous réunissons 10 % du corps électoral. Je vous invite donc à mobiliser très largement autour de vous. Seul le peuple souverain doit pouvoir s’exprimer sur l’avenir de La Poste. Je disais, la France va mal. La France va d’autant plus mal que la gauche elle aussi va mal. Je dis cela malgré les efforts réalisés par Martine Aubry à l’Université d’Eté du Parti Socialiste et dont le premier fut d’inviter Jean-Pierre Chevènement. Pourquoi la gauche est-elle mal en point ? Elle souffre d’un déficit de pensée chronique. Elle doit prendre acte que la crise financière met un terme à la social-démocratie et referme la parenthèse sociale-libérale. La gauche doit se réapproprier l’intérêt général. Elle doit réapprendre à estimer l’Etat. Elle doit imaginer la puissance publique de demain ; celle qui permettra de traduire la devise de notre Nation dans ce monde qui a changé. Il ne m’a pas échappé que la question des primaires semblait être soudainement revenue sur le devant de la scène. La question des primaires ne doit pas être formelle et primer celle du débat. Nous avons répondu favorablement au principe de primaires ouvertes si, et seulement si, nous sommes associés à leur conception et à leur organisation. Elles ne doivent pas non plus avoir pour vocation d’adouber un candidat qui serait socialiste par nature. Mais l’essentiel, je le dis, n’est pas là. L’essentiel, c’est de jouer carte sur table. Il est nécessaire que chaque composante qui se reconnaît au sein de la gauche, accepte le débat en dépassant les petites intrigues et les intérêts de boutiques. Un débat élégant mais sans concessions. Nous devons revenir collectivement à ce qui honore nos engagements respectifs. Les primaires doivent être un tremplin pour refonder la gauche sur un projet républicain. Le MRC entend y contribuer activement. A cet effet, nous avons 5 devoirs : - Travailler à faire vivre le parti - Proposer un programme de salut public - Débattre avec les autres formations politiques - Développer notre parti en y attirant de nouveaux militants - Former de nouveaux cadres pour l’avenir Le Secrétariat National proposera des actions en ce sens dès le mois de septembre. Pour l’heure, je souhaite que cette Université d’Eté soit fructueuse pour chacun d’entre nous, et qu’elle alimente avec enthousiasme nos réflexions pour l’avenir. Samedi 5 Septembre 2009
Jean-Luc Laurent
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