Schéma des formations en lycées 2007-2012Consultation pour l’élaboration du Schéma prévisionnel des formations en lycées 2007-2012. Contribution d’Eric Ferrand, 26 mai 2006
En s’en tenant aux idées générales le risque c’est que nous soyons tous d’accord pour défendre de généreuses intentions éducatives. Et en effet, il est normal, ici ou là, de se retrouver sur un certain nombre de formules. Mais quand on aborde concrètement les questions on voit bien que le fossé est considérable entre la politique éducative, de recherche et de formation conduite depuis 4 ans au niveau national et la politique dont notre Région et notre pays aurait besoin pour redonner à sa jeunesse des atouts autres que la précarité et le chômage de masse.
Le premier principe qu’il convient de défendre et que je souhaite ardemment défendre c’est celui de l’enseignement public et tout particulièrement, puisque nous parlons de formation, de l’enseignement professionnel et technologique public. Secteur particulièrement attaqué par la politique actuelle de l’Etat et en la circonstance le choix est tout à fait délibéré.
Car la seule leçon tirée par le gouvernement de la crise des banlieues aura été de stigmatiser et appauvrir un peu plus la jeunesse en créant l’apprentissage junior. Nous voilà dans la régression générale, ramené 50 ans en arrière, en 1959 et la scolarité obligatoire à 16 ans. Le malthusianisme qui prévaut aujourd’hui en matière éducative est en fait le principal fossoyeur du service public de l’éducation.
Le schéma des formations ne peut pas être le schéma d’accompagnement des exigences du marché. Apprécier les besoins est une chose, mais nous devons affirmer une volonté, des orientations qui aillent au-delà de l’évaluation des besoins de développement du marché. Car pour qu’il y ait un service public de l’enseignement et donc des formations, il faut que le principe d’égalité –au cœur des services publics, demeure une réalité dans l’offre d’enseignement proposé. Il faut donc veiller à une juste répartition sur l’ensemble de notre Région. Alors bien sûr, il ne s’agit pas d’être sourd et aveugle face aux évolutions. Il y a des fermetures, des ouvertures, des transferts de filières en fonction des configurations locales, en fonctions des capacités d’accueil des établissements, en fonction d’un certain nombre de critères qui s’imposent à nous. Mais nous devons veiller, notamment dans notre politique d’investissement, à faire en sorte que l’on puisse effectivement réaliser une bonne répartition des filières. Le cas parisien est emblématique des dangers qui sont devant nous. Les lycées professionnels municipaux, particularité parisienne qui concerne tout de même plus de 10 000 élèves, sont purement et simplement menacés de disparition. Car au nom de la restructuration des filières, l’objectif inavoué est de repousser l’enseignement professionnel au-delà du périphérique. Là par exemple où le foncier est moins cher. Il y a une logique de rentabilité immédiate qui est en totale contradiction avec les valeurs du service public qui sont d’abord un investissement dans le long terme. Il nous revient de choisir et d’affirmer fortement nos choix. Pour ma part, je tiens beaucoup à l’enseignement professionnel à Paris qui accueille des élèves qui viennent de tous les départements de la Région. Cela représente une chance je crois pour eux de venir suivre des enseignements professionnels, au centre de Paris, dans le 5ème arrondissement par exemple, au cœur du quartier latin et de ses universités. Le schéma des formations ne peut pas être une spécialisation des territoires qui accentuerait à coup sûr la fracture territoriale, la fracture sociale et partant, le développement des communautarismes. Je crois que nous devons prendre conscience des incidences fortes de nos choix et du risque politique et social qu’il y a à reléguer l’enseignement professionnel par exemple à la périphérie des territoires. Les pôles sont des concepts très en vogue. Pôles d’excellence, pôle de compétitivité… Or, ce que l’on constate, c’est que ces pôles peuvent être de formidables accélérateurs des inégalités sociales. De fait, on sait par exemple que de nombreux élèves ne feront pas la distance pour aller suivre des formations qui les intéressent pourtant et qu’ils préfèreront suivre une formation qui les attire moins mais qui est près de chez eux. Ce sont en fait des formations contraintes qui malheureusement contribuent à aggraver l’échec scolaire. En effet le schéma de formations doit se donner les moyens de combattre l’échec scolaire. Il faut pour cela une égalité d’offre de service public sur l’ensemble des territoires. Il faut également essayer d’accompagner les jeunes dans la définition du choix de leur avenir. Un avenir qu’ils choisissent et non qu’ils subissent pour des questions de commodité par exemple. Notre système éducatif est à certains égards en panne. Sont particulièrement touché la recherche et l’enseignement professionnel. Un grand effort est aujourd’hui nécessaire pour revaloriser l’enseignement professionnel et lui donner la place qu’il mérite à côté et donc à égalité de traitement avec l’enseignement général. Une réflexion approfondie pour mener ce travail est nécessaire. La solution de facilité, celle qu’a choisie le gouvernement actuel c’est l’apprentissage. L’apprentissage pour tous dès 14 ans par exemple. Notre soutien auprès des CFA ne doit pas se faire au détriment des lycées professionnels. Il ne s’agit pas d’opposer les uns aux autres mais nous devons veiller aux équilibres budgétaires en ayant à l’esprit qu’un rattrapage est indispensable si nous voulons redonner à l’enseignement professionnel et technologique la place qui doit être la sienne. Lundi 29 Mai 2006
Eric Ferrand
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