Cette décision a été motivée par le refus de la mise en concurrence des territoires et par la volonté de privilégier la mise en place d’une politique globale, à même de défendre l’emploi et de préparer l’avenir de la filière sur l’ensemble du territoire régional. Bien entendu avec les Yvelines mais sans oublier les autres territoires concernés. Je pense en particulier aux départements de la Seine-Saint-Denis et du Val d’Oise, mais aussi aux Hauts de Seine qui comptent nombre d’acteurs importants de la filière, notamment en matière de recherche innovante.
Pour être efficace face à la crise, l’aide au secteur automobile doit en effet prendre en compte toutes les problématiques de la filière, tous les aspects de l’innovation ainsi que la complémentarité des territoires franciliens. C’est seulement ainsi qu’elle assurera l’équilibre de l’écosystème que représente la filière. Cette démarche constitue le seul moyen d’assurer l’équilibre de l’écosystème que représente cette filière.
Il suffit d’ailleurs d’évoquer les attentes des acteurs du secteur en matière de formation pour comprendre que le cadre de cohérence des réponses à apporter aux enjeux de la filière est au moins régional.
La Région doit promouvoir une véritable politique industrielle. Le groupe Républicain, Radical et Citoyen défend depuis toujours cette orientation, fondée sur l’intérêt général et la complémentarité des territoires, alors que certains succombaient à la tentation de réduire l’Ile de France à une terre d’activités tertiaires.
De même, nous avons déjà souligné les limites des pôles de compétitivité, qui conduisent à une mise en concurrence des territoires et à une nouvelle segmentation entre les filières.
Il ne faut pas, à notre sens, se limiter à traiter la crise de la demande. Ce serait traiter le symptôme et non le mal. En effet la filière automobile était déjà confrontée à une crise de mutation, avant la crise actuelle.
Aujourd’hui, un véritable débat doit être mené sur la filière automobile, notamment sur les choix en matière d’innovation, sur la gouvernance – notamment sur les rapports entre les grands groupes et les PME -, sur la territorialisation de la filière et sur la nécessaire logique de clusterisation.
Les PME représentent les vaisseaux qui irriguent le territoire, mais le cœur, à savoir les grands groupes, est particulièrement défaillant.
Or les PME ne délocalisent pas et une politique en direction de l'emploi doit en tenir compte. Ces entreprises sont aujourd'hui fragilisées par certaines décisions de grands donneurs d'ordres.
En l’absence d’un Etat stratège, il appartient à la Région de mener, dans la neutralité, une politique industrielle cohérente, volontariste et visible. Cette politique implique par exemple de réunir tous les constructeurs pour travailler à des projets communs dans une logique transversale entre les différents pôles de compétitivité. A cet égard, le développement d'un pôle francilien de compétence voué à la mécatronique et s'appuyant sur une logique inter-cluster serait exemplaire et souhaitable. Nous ne pouvons pas aujourd’hui envisager l’avenir de l’ensemble de la filière sans prendre en compte cet aspect de la situation.
La filière automobile est, vous le savez, Monsieur le Président, un enjeu majeur. Pour cette raison nous souhaiterions connaître votre vision de son avenir et, dès avant la prochaine séance plénière, savoir quel type de mesures vous envisagez pour la soutenir.
Pouvez-vous, en particulier, nous assurer que les dispositions seront prises pour que les têtes de filières jouent pleinement leur rôle ?
Vous avez su le comprendre et l’impulser pour la filière mécanique à travers le plan Mécanique 2007-2012, un plan cohérent, ambitieux et pertinent parce qu’il a su prendre en compte l’ensemble du secteur. Ainsi, je terminerai en précisant que la visibilité des PME mécaniciennes franciliennes au dernier salon de sous-traitance industrielle MIDEST est une illustration modeste mais emblématique d’un exemple à suivre.
Je vous remercie.
Réponse de M. Jean-Paul HUCHON, Président du Conseil Régional d’Ile-de-France :
Je tiens à remercier Rachid Adda de cette question, et aussi des appréciations qu’il vient de faire sur le travail engagé par Daniel Brunel dans le secteur de la mécanique. Je rappelerai également que notre présence au MIDEST est particulièrement importante. Vous avez raison de le souligner car nous ne manquons jamais ce rendez-vous.Cette question soulève un enjeu majeur.
Lors de la commission permanente le 9 avril dernier, les élus régionaux ont exprimé le souhait de pouvoir débattre d’une stratégie globale d’appui à la filière automobile. A l’évidence, cette stratégie reprendra les éléments avancés dans les Yvelines.
L’enjeu est essentiel pour l’économie régionale.
La filière automobile est un des piliers de l’industrie francilienne : elle regroupe plus de 50.000 emplois directs de production (et environ 78.000 emplois indirects), elle accueille 58% de la recherche et développement automobile française et elle représente, avec presque 3 milliards d’euros en 2007, 27% de la valeur ajoutée de l’industrie automobile nationale. L’Ile-de-France est donc le premier centre de décision européen, et le quatrième au niveau mondial.
Cependant, ce secteur est profondément affecté par la crise économique et sociale que nous traversons. Après le rebond qui a été permis, semble-t’il, par la désormais célèbre prime à la casse, nous constatons à nouveau la chute des ventes d’automobiles. La situation est très préoccupante pour les constructeurs, les sous-traitants et l’ensemble de la filière. Je me suis d’abord rendu auprès de plusieurs équipementiers et j’ai pu observer une tendance à la délocalisation très inquiétante.
La Région n’avait pas attendu le développement de la crise pour intervenir. Nous sommes partenaires des pôles de compétitivité MOV’EO et System@tic (dont l’un des domaines thématiques est consacré spécifiquement à l’automobile et aux transports) mais aussi de projets collaboratifs de recherche et développement labellisés par ces pôles - projets de recherche collaboratifs et projets structurants (plateformes d'innovation en accès ouvert) - ainsi que des appels à projets de recherche collaboratifs FEDER - dédiés aux projets de moindre envergure portés par des PME.
La Région a aussi utilisé ses instruments de droit commun au profit des entreprises et des réseaux de la filière. Le dispositif PM’up est par exemple intervenu à plusieurs reprises. Le réseau automobile Val d’Oise Yvelines (RAVY) ou l’association Mécatronic Seine Amont ont été également activés, ainsi que des territoires plus en pointe, notamment le projet de PACTE pour l’emploi, la formation et le développement économique avec Seine-Aval.
Face à la gravité de la crise, des actions plus spécifiques ont été engagées en faveur de l’emploi (au profit notamment des intérimaires, premières victimes de la crise), en faveur du refinancement des PME, notamment aux sous traitants en guise d’appui au nouveau développement de la filière autour de MOV’EO. Un plan d’actions en faveur de la filière est à l’étude et au travail dans les services. Je vous garantie que Daniel Brunel vous le présentera au plus tôt.
Compte tenu du nombre, de la diversité des acteurs comme des sujets à aborder, j’ai proposé de contribuer à notre réflexion commune à l’ensemble de nos partenaires : les services de l’Etat dont la direction régionale de l’industrie, de la recherche et de l’environnement (DRIRE) et la direction régionale du travail, de l’emploi et de la formation professionnelle (DRTEFP), les entreprises et les partenaires sociaux, y compris les organismes paritaires collecteurs agréés (OPCA) de branche et interprofessionnels, les collectivités locales, les départements et les institutions représentatives dont le Conseil économique et social(CESR) et les chambres consulaires.
Il s’agit d’aider les entreprises concernées, principalement les équipementiers et les sous-traitants constituant l’indispensable « brique industrielle » de l’économie régionale, mais aussi de permettre à l’ensemble de la filière d’anticiper les actions nécessaires.
Ainsi, je peux vous affirmer que la prochaine séance du Conseil régional permettra à Daniel Brunel de présenter les axes de cette stratégie. Je ne vous en dirai pas plus car le travail vient de débuter. Il comprend un ajustement, y compris avec d’autres projets que nous avons examinés en commission permanente, mais nous n’attendrons pas l’été pour engager la responsabilité régionale.
Je vous remercie, Rachid Adda, de votre question.