Une étude sur la santé des riverains de l’aéroport

Article paru dans Le Parisien, le 27 février 2010.



Une étude sur la santé des riverains de l’aéroport
Le trafic aérien est-il nocif pour la santé? Génère-t-il une pollution spécifique? Ce sont les questions que se pose le conseil régional, qui vient d’annoncer la mise en œuvre, à partir d’avril et jusqu’à fin juin, de la première étude épidémiologique sur les effets de la pollution due au trafic aérien.
Ce type d’étude, basé sur un panel, est une première mondiale. Ainsi, un échantillon de 400 personnes volontaires vivant dans 53 communes situées à moins de 4 km des pistes de Roissy et d’Orly (Val-de-Marne) vont être recrutées pour participer à cette enquête baptisée Pollunef. Elle va s’intéresser à des enfants de 6 à 14 ans asthmatiques et aux plus de 60 ans souffrant de bronchites chroniques, chez qui les signes de pathologie apparaissent le plus rapidement. Des données sur leur état de santé (irritations du nez, syndrômes respiratoires, troubles du sommeil…) seront recueillies quotidiennement, tout comme leur degré d’exposition à l’ozone et au dioxyde de carbone grâce à des capteurs qu’ils devront porter sur eux.

Afin de bien identifier les maux causés par le trafic aérien, des habitants de trois communes des Hauts-de-Seine (Garches, Issy-les-Moulineaux et Neuilly) impactées par la seule pollution urbaine serviront de point de comparaison. Le coût de l’enquête, entièrement pris en charge par le conseil régional, s’élève à 450000 €.

Isoler la pollution aérienne

Dans le Val-d’Oise, cette annonce laisse perplexe Patric Kruissel, président de L’Advocnar, principale association de défense des riverains de Roissy. « Je ne suis pas sûr qu’ils trouvent beaucoup d’habitants dans le périmètre établi. L’étude aura forcément moins d’impact qu’à Orly », estime-t-il. Toutefois, il se satisfait que la région s’intéresse au dossier, s’attardant notamment sur les mesures liées au dioxyde d’azote. « Les résultats pourraient être intéressants et déboucher sur une prise de conscience. Aujourd’hui lors d’un pic de pollution, les voitures doivent réduire leur vitesse mais il n’y a aucune mesure pour le trafic aérien. »
En revanche, l’étude « énerve » Claude Carsac, membre du Forum contre les nuisances aériennes, basé en Essonne. « Le diagnostic, on le connaît : les poussières de diesel sont cancérigènes, l’oxyde d’azote favorise les maladies respiratoires et le bruit provoque stress et insomnie. Aujourd’hui, au lieu de perdre du temps, il faut passer à l’étape supérieure et mettre en place des mesures curatives. »
Du côté des élus de gauche, la nouvelle est plutôt bien accueillie. Le maire de Gonesse, Jean-Pierre Blazy (PS), par ailleurs président de Ville et aéroports, une association d’élus de communes françaises limitrophes d’aéroports, se félicite de cette initiative, tout en pointant « la difficulté à isoler de façon pertinente la pollution liée au trafic aérien de la pollution terrestre ».
En revanche, le député-maire de Sannois, Yanick Paternotte (UMP), qui a fait du développement de la plate-forme aéroportuaire son cheval de bataille, n’y voit qu’une « annonce électoraliste ». « Ce n’est pas sérieux sachant que le groupe de travail sur ce sujet a été lancé il y a un an et demi par le gouvernement. Le dossier est du ressort de l’Etat et de la Direction générale de l’aviation civile (DGAC). J’ai d’ailleurs rendez-vous avec le préfet du Val- d’Oise pour évoquer cette question lundi. » Rachid Adda (MRC), le conseiller régional qui a lancé Pollunef en 2005, explique que « si la région pilote cette étude épidémiologique, c’est pour pallier l’absence d’intervention de l’Etat sur cette question ».
A Roissy, 620000 personnes vivent dans la zone du plan d’exposition aux bruits selon la DGAC.

Grégory Plesse avec L.A. et V.V.

Samedi 27 Février 2010
Le Parisien
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